vendredi 27 janvier 2012

Première nécessité

Croquis rapide entre deux clients [d'après modèle original]
(bic sur flyer papier glacé, 12x8cm)




jeudi 26 janvier 2012

Environnement Snow Future



Le plus rigolo, c’est l’argument que j’avais naïvement avancé lors de l’entretien d’embauche, qui disait à peu près ceci « j’ai envie de découvrir comment une station de telle envergure parvient à concilier développement économique et préservation de l’environnement ». Ha, ha, ha ! A ce moment-là, le patron a dû se dire « Ok les gars, elle me parait parfaitement assez cruche pour ce poste, on la prend ! ».

Sans parler de l’entreprise au sein de laquelle j’évolue (?!) où les ordinateurs restent allumés soirs et weekends, les lumières éclairées en plein après-midi et les déchets –même papier- absolument pas triés, avec un chauffage au maximum et des portes ouvertes en permanence.

Est-ce dû à ma dernière expérience en Alsace, territoire militant pour l’environnement ? Je crois qu’il s’agit surtout de bon sens. Ici, tout se joue et se créé comme un grand pied-de-nez au respect et à la prise de conscience collective.

1 – les terrasses chauffées

J’avais découvert ça à Bruxelles, il y a 5 ans, puis retrouvé à Paris, deux ans auparavant. Je riais du snobisme absolu du citadin buvant son café par 0°c en terrasse, mi-janvier, sous un parasol chauffant. Et pleurais du non-sens absolu de cette nouvelle habitude. Quand il fait froid, et si l’on veut avoir chaud, j’imaginais qu’il suffisait de se mettre à l’intérieur.

A Paris et Bruxelles c’est une chose. En Haute-Montagne, une autre. Et pire encore ! Le touriste ne vient-il pas ici conscient du climat parfois rude qui lui sera imposé, n’en est-il pas d’ailleurs en demande afin de se laisser aller à ses occupations fétiches qui sont le ski et la fondue au coin de la cheminée ?

Toujours est-il que vous pouvez maintenant boire un demi en terrasse, en pull, par -10°c, sans autre frisson que celui que vous procurera le plaisir de la première gorgée.

2 – Vert dégoulinant

Fierte de son label « vert », la station a entrepris la construction d’un superbe centre aquatique tropical intérieur. Outre les plantations et le semi-baobab importés tout directement de Thaïlande (je concède que le pin sylvestre ne puisse rendre ce charme tropical si prisé), nous ne sommes pas peu fiers d’annoncer (comme « le must » du projet, sic) un superbe jacuzzi extérieur chauffé à 34°c, par tous les temps !

Bâtiment de Haute Qualité Environnementale, l’absurdité des normes et des labels de la nouvelle industrie de l’écologie aura eu raison de tout bon sens et de toute « raison », justement…

3 – Neige artificielle

J’ai eu l’opportunité de visiter une usine à neige du domaine skiable, accompagnée des « snowmakers » de la station [prochainement, un article pédagogique sur les pratiques grammaticales spécifiques en altitude]. Il s’est agi d’un bel exposé de « reverdissement » de la pratique, à grand coup de comparaisons douteuses (« l’ensemble de la production de neige artificielle, c’est moins d’eau que l’ensemble des piscines privées » [?!]), de schémas et de démonstrations ingénieuses. La question n’est pas (encore) de savoir quelle quantité d’eau est perdue et quelle autre est « rendue » par la fonte, mais bien de réfléchir au sens de cette pratique.
On m’explique que la neige de culture est nécessaire pour la satisfaction du client, qui paye son forfait et qui doit donc profiter de l’ensemble du domaine, neige ou pas neige. Les enjeux économiques ont rattrapé la réalité environnementale ; la neige est devenue un droit pour le touriste, toujours prêt à payer toujours plus ; et la montagne un immense parc d’attractions artificiel où les lois de la nature perdent jour après jour leur influence. Et s’il est question d’emplois, de dynamisme de territoire et de développement local, envisageons donc dès aujourd’hui la possible reconversion des stations ! Mais pour l’heure, il semblerait que nous ayons opté pour une solution à contre-sens des éléments, que nous payerons, un jour prochain.


Fantastique, ils l'ont fait !


Il semblerait que les savants de toute sorte se soient plongés corps et âme sur notre pauvre condition. A moins qu’il ne soit surtout question que d’un vénal opportunisme. Mais les faits sont là !
La dernière exposition universelle a vu plus beau, plus grand, plus loin que notre vulgaire Tour Eiffel : les Actroid-DER. Des robots-hôtesses d’accueil au physique avenant (c’est d’ailleurs le premier argument marketing de la société qui les loue), jeunes, souriantes, et « aussi compétentes que de vraies guides ou hôtesses ».
Splendide ! Me dis-je. S’il n’y a plus de travail pour les vrais humains, je ne serai plus tentée de postuler à de tels miséreux gagne-pain.

Grave Erreur ! Analysons un peu plus avant cette alléchante campagne promotionnelle :


« she has a pretty face » ; “you are attracted by her girlish gesture” et enfin, comble de l’argument commercial “she is also avalaible in a short hair”. Voilà résumé l’ensemble des savoir-faire, savoir-être et savoir-tout-court que recherche un recruteur d’hôtesse d’accueil. Cela confirme mes dires sur les tâches principales de l’hôtesse et l’inutilité de ses optionnelles compétences. Si un robot peu la remplacer, par ailleurs, c’est bien que le cerveau ne soit pas absolument nécessaire pour la réalisation de ses missions quotidiennes.
Jusque-là, rien de bien étonnant (nous passerons sur la formidable misogynie du marketing). 

Bon, un doute me ronge tout de même : pourquoi la plupart des potiches peuvent témoigner d’un bac+3, +4 voire parfois +5 et pourquoi alors est-ce une exigence courante lors des campagnes de recrutement ?
Si vous souhaitez louer cette charmante hôtesse, il vous en coûtera 2500€ pour 5 jours.  Soit plus de deux mois de SMIC, salaire courant de l’hôtesse « humaine »…

Missions quotidiennes


Honni soit qui mal y pense : non, la potiche n’est pas qu’un souriant distributeur de prospectus !

Dans le quotidien régional Sud Ouest du 23 décembre 2010, nous découvrions les nouveaux enjeux du métier dans un remarquable article soulignant la nécessité de «revaloriser [ce] travail pour qu’elles [les hôtesses] ne soient plus de simples distributeurs de dépliants ».

Je trouve cette définition un peu réductrice, ayant moi-même de lourdes responsabilités au quotidien. Le matin, je suis chargée d’ouvrir les portes (pile à l’heure, souligné et en gras, sur notre « pense-bête » [je ne l’invente pas]). Je dois aussi mettre la météo à jour (il s’agit quand même d’un copier-coller d’un site internet, qu’il va falloir reprendre et même parfois synthétiser !) et allumer l’ensemble des écrans. Par la suite, je dois être capable de me servir d’un téléphone à plusieurs boutons (communément appelé « standard ») et d’une caisse enregistreuse. Toute la journée, je dois être en mesure de sourire en permanence même si mon dos se lasse et mes mollets s’engourdissent. Je dois savoir me retenir de dire ce que je pense au fond de moi, sincèrement, et le soir, j’ai même la responsabilité de tout éteindre et fermer à clef. Alors qu’on ne vienne pas me dire, maintenant, que je suis un « simple distributeur de dépliant » . Sinon, on aurait déjà pensé à me remplacer par un robot (...)

Arrivée


Sachez qu’il est particulièrement mal pratique d’obtenir un contrat en août pour le mois de décembre (il reste 4 mois à « tuer », et à moins d’avoir la chance inouïe de trouver une autre mission qui rentre exactement dans le temps imparti, vous êtes condamné à l’inactivité professionnelle en attendant). C’est d’ailleurs un des premiers signes annonciateurs du peu de cas que l’on fera de ma petite condition. Ce type de pratique de recrutement devrait au passage être taxé au profit des ASSEDIC.
Décembre. J’arrive, avec la neige, dans mon petit logement de fonction, gracieusement offert par mon employeur, que je partage avec mon amoureux (qui m’a suivi dans cette inconsciente lubie). Quinze petits mètres carrés en face – pile en face – du quartier nocturne où s’entassent trois bars de nuit et deux discothèques. Ô joie !
Je découvre un microcosme poétique, calme, apaisant, recouvert d’un blanc originel.
Nous nous initions aux joies de la neige, de la luge, de la gastronomie locale. Nous dormons presque la nuit. Le calme avant la tempête…

Introduction


Je n’avais rien de prévu pour l’hiver à venir, l’insouciance de ma jeunesse et un compte en banque à remplir. J’en avais souvent entendu parler, avec fougue, envie ou nostalgie, comme d’un sésame pour la liberté, l’indépendance et même, « la classe ». Entrer dans la grande famille des saisonniers, c’était aller à l’encontre de ce que voulaient m’imposer les normes sociales. C’était dire un grand « oui » à l’indépendance, la fête et… la précarité.
Désœuvrée suite à l’aboutissement d’une mission constructive et passionnante d’un an en Alsace, j’ai décidé de postuler dans la Haute’ comme on entre en crise d’adolescence : entre désinvolture, recherche de limites et profonde naïveté.
Il m’a fallu faire preuve d’une véritable volonté, d’une motivation à toute épreuve et d’un grand sens de la persuasion pour obtenir le poste extrêmement courtisé de potiche en office de tourisme. J’accueille le visiteur avec mon plus beau sourire et parfois, répond à ses questions. La plupart du temps, je l’oriente vers quelqu’un qui sait mieux que moi. Je suis une sorte de panneau indicateur, en plus avenant, pour classe sociale aisée. Je m’ennuie à mourir mais l’avantage de ce poste est qu’il me positionne en première ligne pour observer les travers les plus drôles, ridicules et écœurants des gens de la Haute Société.